Coulisses

Comment j'en suis arrivée à créer des sites pour les entrepreneurs de l'Aube (indice : ça implique la Sorbonne, des patins à roulettes et BEAUCOUP de galères)

Par Élise Féty · 27 février 2026 · 9 min de lecture

 Élise Féty en position de roller derby à Troyes, casquée et équipée de protections
Ma photo de roster au sein de l'équipe de roller derby des Trick'Ass (la ligue de Troyes). Une belle métaphore de mon parcours aussi... Crédit : Jérôme Mazard Photographie, fin 2025

2021. Un beau matin, mon téléphone sonne. Une voix polie me demande les horaires d'ouverture de la médiathèque. Je regarde mon écran, perplexe. Je suis créatrice de sites internet, pas bibliothécaire ! Maiiiis il s’avère que mon entreprise portait alors le même nom qu’une médiathèque deux villes plus loin…! Et visiblement, Google ne voyait pas la différence 🤦🏻‍♀️

Mais on y reviendra. Pour comprendre comment j'en suis arrivée là (et pourquoi j'ai choisi un nom d'entreprise sans vérifier ce que Google en pensait), il faut remonter un peu (beaucoup) dans le temps.

Les doigts sur un clavier, la tête dans les étoiles

J'ai toujours eu deux vies, deux passions contradictoires dans la tête de beaucoup.

La première, c'est celle de la Littéraire. Bac L, prépa littéraire à Reims, licence de philo (oui oui), master d’édition à la Sorbonne. Une vie faite de dissertations, de livres, de théâtre et même d’un roman de fantasy que j'ai commencé au lycée et que j'écris encore aujourd'hui, 15 ans plus tard (il se pourrait que je fasse du surplace, mais chut 🤫).

La deuxième vie, c'est celle de la Geek. Je suis née dans les années 90 et contrairement à beaucoup, j’ai eu accès à un ordinateur très (très) vite. Les jeux vidéos sont devenus une passion, un échappatoire, une manière de rêver à d’autres mondes.

Élise enfant, découvrant un CD-ROM de jeux vidéo Disney avec émerveillement
Les jeux vidéo et moi, une grande histoire d'amour qui remonte à très longtemps ahah

En cinquième, je pousse ma curiosité pour la technologie plus loin :  pendant que mes camarades découvraient MSN, moi je m’amusais à apprendre mes premières lignes de code sur le Site du Zéro. Juste pour construire quelque chose et voir ce que ça donnait.

Mon père était informaticien, ma mère traductrice d'anglais. J'ai grandi entre les mots et les écrans, à bidouiller un PC, créer des blogs, traîner sur des forums d'écriture. Personne ne m'a jamais dit qu'il fallait choisir entre les deux.

Sauf que le système scolaire, LUI, demande de choisir. Les maths, les sciences, la blouse de chimie sur le dos... très peu pour moi. Alors je suis partie du côté des lettres, et j'ai foncé. Bac avec mention, prépa littéraire à Reims, une petite année à la fac puis direction Paris et la Sorbonne avec un rêve précis : décrocher un master en édition.

Et là, j'ai vite déchanté. Durement.

L'édition, vue de l'intérieur, c'était le livre réduit à un produit qu’on vend. Moi qui étais idéaliste et rêveuse, ce n'était pas du tout l'univers que j'avais imaginé. J’avais déjà cette envie en moi d’aider les autres : les auteurs d’un côté à se faire publier, mais aussi leurs lecteurs à s’évader. Mais là, ça coinçait pour moi.

Après quatre ans d'études littéraires, j'ai donc pris mon courage à deux mains. Virage à 180 degrés, direction le web !

Le grand bain, les sites à 6 chiffres et l'envie d'autre chose

Retour à la case départ.

Je déménage à Troyes et je commence un DUT Métiers du Multimédia et de l'Internet à l’IUT, puis licence pro en alternance. J'ai réappris à apprendre, en quelque sorte. Et j'ai retrouvé cet amusement que j'avais toujours eu à bidouiller, à construire, à comprendre comment les choses fonctionnent. Sauf que cette fois, c'était concret. J'avais vraiment les mains dans le “cambouis” d'un site internet, et j’ai découvert que j’adorais ça.

Je me suis aussi rendue compte petit à petit que ma manière à moi d’aborder la création d’un site était différente des autres développeurs autour de moi : pour moi, un site, c’est pas juste du code, c’est aussi ce que quelqu’un ressent quand il arrive dessus. Le texte, les images, la manière dont un visiteur navigue, pour moi ça compte autant que ce qui se passe sous le capot.

Beaucoup de développeurs ont tendance à se perdre dans le code, la tête dans le guidon, en oubliant de regarder le site dans son ensemble. Moi, j'ai toujours eu cette vision un peu plus… humaniste, on va dire. Et mon parcours littéraire, que je pensais inutile, était en fait mon meilleur atout.

Après mon alternance, l’agence chez qui je l’ai passé me propose un CDI que j’accepte. Il s’agissait d’une agence à une heure de Troyes, spécialisée dans les projets grands comptes et le secteur public. On parle alors de sites à 100 000 voire 200 000 €, qui mettent des mois à penser et à créer. J'ai commencé par coder l'apparence des sites, puis je suis vite passée assistante chef de projet en parallèle. Déplacements dans toute la France avec mon patron pour rencontrer les clients, gestion de projets complexes sur de longs mois, plongée directe dans le grand bain.

Elise Féty concentrée devant son écran pendant ses années en agence web, en tant que développeuse front-end
La concentration (et pas du tout stressée par le photographe en périphérie de mon champ de vision ahah)

C'était intense, souvent stressant pour quelqu’un d’aussi timide et introvertie que moi, mais je me suis aussi découverte bien plus capable que ce que je croyais. Mes collègues sont devenus mes amis, et l’agence une sorte de cocon.

Mais au bout de trois ans, je ne peux plus ignorer que quelque chose ne va pas. Que quelque chose me manque. Que j’ai envie de changement.

Les clients, c'étaient des collectivités, des fonctionnaires pas toujours très impliqués, de grosses “usines à gaz” administratives qui avançaient lentement. Personne ne se battait pour nourrir sa famille. Personne n'avait de rêve à faire grandir. En résumé, je créais des sites pour des institutions, pas pour des gens qui veulent vivre de leur passion. Et moi, j'avais envie d'aider ces gens-là, de sentir que j’avais un impact réel.

L'Astrolabe, la médiathèque et toutes les erreurs de débutante

On est alors toute fin 2020, en pleine crise du COVID-19.

Trop de frustration, trop d'envies qui débordent, j’étouffe. J'avais envie de voler de mes propres ailes, de me prouver quelque chose. La marmite a fini par déborder : je demande une rupture conventionnelle, et je saute dans l’entrepreneuriat.

Février 2021, je déménage à Provins et je crée ma boîte : L'Astrolabe. Comme l'instrument de navigation maritime. L'idée, c'était de guider mes clients à travers le web. Poétique, non ? (vous noterez qu’il y avait déjà l’idée de l’aventure aussi ahah)

Sauf que… je n'avais pas pensé à taper "L'Astrolabe" dans Google avant de nommer mon entreprise ! Et ce qui ressortait en premier ? Une médiathèque.

Gif
Moi à ce moment-là mdr

D'où les coups de fil de gens qui cherchaient des livres et qui tombaient sur une créatrice de sites web un peu déboussolée.

D’ailleurs, petit conseil d’ami : si vous êtes en train de choisir un nom pour votre activité, tapez-le dans Google. Vérifiez ce qui sort. Vérifiez si le nom de domaine (votreentreprise.fr) est libre. Ne faites pas la même erreur que moi 🤣

Mais le nom, c'était presque le moindre de mes problèmes. J'ai fait beaucoup, beaucoup d'erreurs de débutante. Mauvaise structure juridique (une EURL au lieu d’une micro = trop de charges direct 🤦🏻‍♀️) et aucun accompagnement (mon anxiété sociale préférait me voir me débrouiller seule plutôt que de demander conseil 😅).

Et puis il y avait l'image. Je sortais de trois ans de boulot au sein d’une agence qui sert le secteur public, et j'étais restée coincée dans ce moule. J’utilisais une photo de moi en costard, l’air super pro (et aussi super coincée ahah). Mon site était bleu marine et doré, mon discours était lisse et professionnel. Froid. Bref, ça ne me ressemblait pas du tout, mais je ne le savais pas encore.

Elise Féty en blazer noir, portrait professionnel de ses débuts en tant qu'entrepreneure
Une image bien lisse, sérieuse et professionnelle pour l'Astrolabe...

Oh, et un petit, tout petit détail : je ne savais absolument pas vendre. À l'agence, le directeur commercial vendait et moi je créais. Seule, il fallait soudainement que je fasse tout.

Bref, l’entrepreneuriat, c’est difficile. Eh oui Sherlock !

J'ai failli tout lâcher

Je ne vais pas vous mentir. Ça a été dur, très dur.

J’ai pensé tellement de fois à tout lâcher, tout abandonner. J’ai connu la précarité, le désespoir, l’anxiété profonde de quelqu’un qui essaie de survivre, qui sort constamment de sa zone de confort sans pour autant voir de résultats concrets.

J'ai douté de tout. De mes compétences, de mon projet, de moi.

J'ai essayé de trouver mes clients sur Instagram, en ciblant toute la France. Mes contenus plaisaient, je me suis même fait des amis. Mais mon offre ne correspondait pas au marché. C'est dur, de donner tout ce qu'on a et de sentir que ça ne prend pas.

Mais je n'ai jamais arrêté d'apprendre. Chaque euro que je gagnais, je l'investissais dans une formation. Vente, marketing, nouvelles technologies. J'ai toujours eu cette optique de combler mes lacunes, d'ajouter des cordes à mon arc afin de pouvoir m’aider moi-même mais aussi de pouvoir aider mes clients.

Et j'ai continué à croire, envers et contre tout, qu'un de mes sites web pouvait changer la vie d'un petit entrepreneur.

Aventurière du Web, enfin moi

En 2022, je m'installe à Troyes. J'y ai fait mes études et une partie de ma famille y vit. Ma sœur Claire tient d’ailleurs une boutique de créateurs en centre-ville, Les Petites Mains Baladeuses, en plus d'être bijoutière sous le nom Belle Effrontée et graphiste freelance.

En arrivant à Troyes, je découvre aussi le roller derby ! 🛼 Eh oui, je rejoins alors les Trick'Ass, l'équipe du coin. On tente d’ailleurs notre chance en championnat National 3 cette année ! 😉

Pour ceux qui ne connaissent pas : c'est un sport de contact majoritairement féminin qui se pratique sur patins à roulettes (roller quad). C’est physique, souvent violent. Il faut encaisser les coups, se relever, et tout donner pour son équipe. Ça m'a appris à repousser mes limites, à gagner confiance en moi et à m'accrocher quand tout me disait de lâcher. Le parallèle avec l'entrepreneuriat, je vous laisse le faire.

Câlin collectif de l'équipe de roller derby de Troyes après un match
Célébration après une victoire qui fait du bien lors de notre championnat à domicile en 2025 🔥

C'est aussi dans les vestiaires et à l'entraînement que je croise d’autres petites entrepreneures locales comme moi qui galèrent. Pas de site, ou un site qui ne leur apporte rien.

Et un jour, une ampoule s’allume ENFIN dans ma tête : pourquoi chercher des clients à l'autre bout de la France alors que mes voisins ont besoin d'aide ?

J'ai regardé ce qui existait pour eux dans l'Aube. D'un côté, de grosses agences nationales avec des abonnements mensuels verrouillés, un service client fantôme et des sites… “moyens”, on va dire. Le client n'est qu'une ligne sur un compte en banque, il se sent lésé, abandonné. De l'autre, des agences locales très bien hein, mais à 10 000 euros le site, voire plus. Et pour un artisan, un freelance ou un petit commerçant, bah c'est juste pas possible.

Alors j'ai tout changé.

L'Astrolabe est devenue Aventurière du Web. Le bleu marine a laissé place à des couleurs chaudes. Le discours corporate à quelque chose de simple, d'humain. J'en avais marre d'être professionnelle d'une façon qui ne me ressemblait pas. Je reste pro, évidemment, mais dans une attitude qui est enfin moi.

Élise Féty souriante devant son bureau, avec l'identité Aventurière du Web

Et ces cinq années de galères ? Elles m'ont servi à tout tester. WordPress, Wix, Showit, constructeurs en tout genre, différents langages de développement... si vous pensez à une manière de créer un site, je l'ai probablement essayée ! 😂

Aujourd’hui, j'en suis arrivée à ce qui fonctionne le mieux pour un entrepreneur local : un site rapide, sans abonnement, sans maintenance mensuelle, pensé pour être trouvé sur Google. Et le tout, à petit prix et payable en plusieurs fois.

Tout en restant en accompagnement, en veillant sur mes clients et en leur donnant des conseils pour les aider à grandir. En résumé : j’aide ENFIN de petits entrepreneurs, j’ai un réel impact.

Et maintenant ?

Fabrice Henriet, DJ dans l'Aube, a reçu ses premiers contacts deux semaines après la mise en ligne de son site. Virginie Houyvet, avec Cart'Envie (basée à Villechétif, juste à côté de Troyes !), m'a annoncé deux nouveaux clients en un mois après la mise en ligne de son site. Elle m'a déjà recommandée à d'autres d’ailleurs.

Et franchement, quand vos clients vous recommandent à leurs amis, c'est que vous devez faire quelque chose de bien 😊

Mon rêve, c'est de construire un réseau de petits entrepreneurs locaux fiers de leur travail et visibles sur le web. Des gens du coin qui s'entraident, qui se recommandent, qui font vivre leur ville et leur famille. Et j'y travaille, un client à la fois.

Et mon roman de fantasy ? Il avance. Doucement, le soir, après le travail. Certains rêves prennent juste un peu plus de temps que d'autres ✨

Si vous me croisez dans les rues de Troyes ou au détour d'un match de roller derby, n’hésitez pas à me faire un petit coucou 😉